Artisanat de la donnée

Le récit de l’essai

Comment s’est écrit le tome 1 : « Le fleuve et le canal — La littératie de la donnée à l’épreuve du flux »

Conçu et dirigé par David Bories — Albi, France.

Rédigé en utilisant l’intelligence artificielle générative.

Version 4.1.3 — Mai 2026

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Récit de l’essai

De l’instruction zéro à l’ouvrage : comment ce livre s’est écrit


« Pour aller plus loin. »

— Formule d’invite à approfondir, récurrente dans le lexique de l’IA générative

« Hissez haut ! »

— Formule d’effort partagé, tirée du lexique nautique


Un soir de mai

Mi-mai 2026, il commence à se faire tard. Près de vingt ans déjà, et toujours cette question qui vogue : où veut-on en venir ? Le constat est de mise, le numérique s’est installé durement. Le pressenti initial, quelques décennies auparavant, ne se démentira pas. Les outils numériques sont de plus en plus efficaces, ils permettent de réaliser tâches sur tâches en moins de temps qu’il n’en fallait pour les planifier, ne serait-ce que quelques mois auparavant.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi aller plus loin ?

Mon métier de développeur en 2026 a du plomb dans l’aile. On peut lire ci et là que c’en est fini du métier de développeur, que la machine a pris la place de l’homme parce qu’elle le surpasse sur tous les aspects du développement, que la donnée est le nouvel or noir, que celui qui savait coder doit maintenant savoir concevoir les systèmes que la machine codera. Pis, que d’autres métiers seront impactés, possiblement même le socle social et productif sur lequel notre société repose. Rien d’officiel bien sûr, car ce move du numérique, si beaucoup l’ont vu venir, peu ont pu l’anticiper. Tout va très vite, normaliser prend du temps, et les règles d’hier ne permettent que d’approximativement prendre la mesure d’aujourd’hui. Il faut s’actualiser, comme on actualise un logiciel. Mais là où le logiciel est lisible et bénéficie d’une attention constante pour son amélioration, la société, elle, n’a aucun registre qui se décline en versions, en correctifs, en fonctions et en fonctionnalités sur lequel se pencher pour améliorer le produit et ancrer plus durablement encore l’attachement à son utilisateur.

Il se fait tard, et c’est donc le bon moment pour jeter un coup d’œil en arrière et admirer ce qui a été parcouru depuis l’aube. Et en plus, on nous met dans les mains l’outil idéal pour cela : un système qui a appris — dit-on — la quasi-totalité de ce que l’humanité a pu produire de contenu disponible.

Je m’installe entre la chaise et le clavier.

L’instruction zéro

J’ouvre la page web du chatbot d’un modèle d’IA générative, un LLM - Large Language Model - qui a le vent en poupe et lui envoie une instruction sous forme d’une phrase pleine d’interrogations : produire un documentaire aussi complet que possible sur l’histoire de la donnée à travers les âges, sourcé et à jour. J’obtiens en réponse l’architecture complète d’un document — un préambule, dix parties et une conclusion —, un résumé des trente-six sources qui ont servi sa rédaction, et le fichier contenant le texte complet. Il s’intitule De l’entaille à l’algorithme — Une histoire de la donnée dans l’humanité.

Je le lis. Je le trouve bien construit et instructif. Mais, à mesure de la lecture, quelque chose m’échappe. Dans quel registre classer toute cette information, cette histoire de la donnée ? Se peut-il que la donnée soit devenue omniprésente dans notre société sans que nous ayons pris soin de l’intégrer à un domaine ? N’y a-t-il d’autre moyen que d’interroger un modèle de langage pour comprendre ce qu’est une donnée ? Puis au détour d’un paragraphe, celui qui précède la conclusion, il est fait référence à un plaidoyer pour une littératie de la donnée. C’est donc ça : ce auquel je m’intéresse depuis tout ce temps porte un nom.

La réponse à cette première instruction m’aura permis d’aboutir à deux mérites : celui d’avoir condensé dans un document agréable à lire l’histoire de la donnée dans l’humanité depuis des millénaires jusqu’à aujourd’hui, et celui d’avoir posé un nom sur un domaine auquel je me suis finalement intéressé depuis ses prémices. Mais ça, je ne le saurai qu’au terme de l’instruction suivante.

Pourquoi en rester là ?

Pourquoi ne pas aller plus loin ? Une heure et quarante-huit minutes se sont écoulées depuis la première instruction et l’idée de la seconde. C’est facile à calculer, le chatbot affiche en métadonnée l’horodatage des questions qu’on lui pose. Presque deux heures pour obtenir un documentaire, le lire, le relire, s’interroger et finalement trouver comment aller plus loin avec une seconde instruction, qui s’avérera — spoiler — être une deuxième instruction :

Rédige une exploration approfondie sur la littératie de la donnée : explique le concept de littératie, ses origines, ses fondements, son développement, ses objectifs, intentions, comment elle est promue, par qui, sous quelle forme… produis un documentaire explicite et précis, exhaustif et documenté couvrant l’ensemble de la littératie.

Voyons voir ce qu’il va m’être conté. Le chatbot me met en attente, affiche ce qu’il fait — pas facile à suivre. Alors j’en profite pour faire autre chose. De toute façon c’est l’heure du repas du soir, j’ai aussi d’autres choses à faire plus pressantes.

Minuit vingt-cinq

J’ai mangé, tout est calme et j’ai pris le temps de lire et relire le document qu’entre-temps le chatbot m’a pondu. Car ça fonctionne un peu comme une poule, un chatbot : on lui donne du grain, on attend, et on obtient un œuf. Serait-ce la fameuse poule aux œufs d’or dont certaines histoires parlent ? Je m’égare.

Mais ce deuxième document m’interpelle. Certes il m’a permis de mettre un nom sur le domaine auquel je me suis jusqu’ici intéressé sans le savoir, et il m’a aussi permis d’en mesurer la profondeur. Mais quelque chose me chiffonne : il ne semble pas contenir tout ce que j’en dirais. Il manque un élément. C’est justement celui qui m’intéresse dans ce monde de la donnée, un élément que j’ai isolé voilà maintenant dix-neuf ans et que j’ai nommé flux de donnée. Le fait que la donnée n’a de sens que si elle est plurielle, si d’autres données avant elle donnent corps à ce qu’elle représente. Et aussi l’explication de cette marche forcée vers le tout connecté et la communication en temps réel — à quoi bon tout cet équipement hyper-connecté si ce n’est pour faire circuler, le plus rapidement possible, des données ? Et donc in fine, canaliser un flux de données qui alimente nos besoins les plus sommaires comme les plus élémentaires ?

Non, c’est sûr : soit l’instruction était biaisée et a orienté le chatbot dans la rédaction de sa réponse, soit c’est le chatbot qui s’est contenté de poser une réponse en forme de consensus du moment sans creuser plus que ça le sujet, soit c’est moi qui associe à un domaine des éléments que ce domaine n’a pas vocation à intégrer. Pour en savoir plus, une troisième instruction s’impose. Allons-y franco — dis-moi, chatbot, ce que tu n’as pas su me dire :

Ces documents que tu as rédigés n’abordent nullement le concept de « flux de données ». Non pas le fait que l’humain produit de plus en plus de données. Mais bien le fait que la donnée (annotée, relevée…) est extraite d’un flux de données immense et continu qui constitue la source des données, ce fait brut observable que l’on annote pour en faire une donnée, qui ensuite combinée à d’autres données fournit une information.

Ce concept du flux de données n’apparaît pas dans la littératie des données. La donnée est présentée comme quelque chose que l’on prend, que l’on manipule et que l’on stocke.

Or, avec le concept de flux de données, la donnée est prélevée du flux et à mesure que le temps s’écoule elle devient caduque ; sa valeur repose sur le corpus de données auquel elle est associée pour fournir l’information.

Comprends-tu ce concept de « flux de données immense et continu » comme source des données prélevées par l’humain ?

« Oui, je comprends, et votre observation est juste (…) » — un chatbot, c’est cool. Ça cherche à ne pas froisser, ça répond gentiment. Et c’est là un souci : il faut être précis dans les instructions qu’on lui fournit, et disséquer dans les réponses les subtilités qui arrondissent les angles susceptibles d’égratigner l’utilisateur. Sa réponse développe le concept, présente deux ontologies — celle dominante (présentée dans le document précédent) et celle que je propose —, puis élabore autour de cette dernière : les conséquences profondes, l’absence dans la littérature, ce que le concept change concrètement. Il enchaîne sur une partie « Pour vérifier que je vous suis bien », me pose des questions sur le sens de certaines phrases de mon instruction : « Est-ce que cela correspond à ce que vous voulez articuler ? ». Puis me fait part de son intéressement : « Je suis intéressé par votre concept parce qu’il me semble philosophiquement juste sur un point que la littérature managériale a effectivement occulté (…) ». Merveilleux.

Minuit quarante-trois. Je formule une nouvelle instruction dans laquelle je valide son interprétation de « l’articulation que je ferais du flux de données ». Je reprends en général les formules que le chatbot utilise dans sa réponse — ça permet de le maintenir focalisé sur le sujet et vient consolider sa compréhension du contexte. Du moins c’est l’expérience que j’en fais, et le résultat me convient.

À cette instruction j’ajoute une analogie pour forcer la compréhension du lien entre le « flux continu du réel » — le nouveau terme qui a émergé de la discussion pour qualifier ce que je nommais auparavant « le flux de donnée » — et le prélèvement d’une donnée. C’est l’analogie de la sauvegarde d’un fichier. Je la trouve suffisamment étoffée pour qu’elle décrive de manière compréhensible ce que j’ai à dire de ce lien. Je conclus l’instruction par : rédige donc un troisième documentaire sur ce flux. Tu as carte blanche, ce sera un « premier jet ».

Voyons voir où le vent nous mène.

Un détour à la machine à café

Eh bien à un document nommé Le flux et l’annotation.

En réponse à ce document, je joins non pas un texte d’instruction, mais l’instruction de lire un texte de mon retour en pièce jointe, d’en faire la critique, et d’évaluer dans quelle mesure il vient renforcer l’ontologie processuelle. Car oui, à mesure que j’échange avec le chatbot, je pose des termes sur des concepts que je ne nommais pas. Après la lecture du Flux et l’annotation, j’ai beaucoup à écrire. J’ouvre un fichier markdown — un fichier texte en somme — et j’écris ce qui me vient : un résumé de ce que j’en ai saisi, des points de vue qui convergent et divergent, avec des références à des passages pour consolider le propos ou l’ébranler, des exemples, des analogies, et une proposition : celle de conceptualiser la notion d’un flux secondaire qualifié d’observable, un flux semblable au « flux continu du réel » mais que quelque part tout oppose. J’élabore, j’élude, je décris, je confronte, je relève des questions posées dans le document précédent, je pose des affirmations que je soutiens. Et j’ajoute une analogie, celle du cinéma, qui prélève à une certaine cadence pour donner l’illusion du réel d’antan. Un long texte écrit comme un skieur dévale une piste noire. Je relis vite fait et j’instruis.

« Votre retour est, à mon sens, un apport conceptuel substantiel au premier jet. Il introduit une catégorie que le texte initial ne possédait pas — celle du flux secondaire — et qui modifie l’architecture entière du raisonnement. Permettez-moi d’abord de faire la critique au sens propre (examen rigoureux, y compris des tensions et des points fragiles), puis d’évaluer ce que cet apport fait à l’ontologie processuelle. »

Je prends connaissance de la réponse. Je voudrais dire au chatbot : — Viens, on fait une pause, on va prendre cinq minutes à la machine à café, et je vais t’expliquer que moi je ne fais que poser des idées, des idées que je tiens fermement, non par idéologie ou imagination, juste parce qu’elles découlent du vécu, de l’expérimentation. Que l’apport conceptuel substantiel, c’est la combinaison des réponses et des questions, leur enchaînement. Mais ce n’est qu’un chatbot, il se fiche éperdument de ce qu’il ne fait pas. Il obéit, discipliné, à ce pour quoi il a été programmé. Et puis on est déjà le 13 mai, il est 19h, je ne vais pas prendre un café à 19h.

Je lis attentivement son retour. Je cherche à déceler ce qui, dans le propos, lui fait écrire qu’un apport substantiel a été apporté. La réponse est fournie : elle développe pleinement le pourquoi de cet apport, se réfère à ce qui est dit, liste des éléments qui enrichissent, reprend chacun des points de l’instruction et, à son tour, les confronte, les critique, les insère dans le concept commun. Elle parle de puissance et de limites, elle conclut que mon retour renforce, selon le chatbot, l’ontologie processuelle. Il retient un concept et le formalise en une formule synthétique qui présente, selon sa croyance (sic), ce que je propose.

Puis il propose, pour aller plus loin, soit une version révisée du document 3, soit un documentaire complémentaire plus court.

J’opte pour le documentaire court — ne touchons pas à ce qui a été fait. C’est avant tout une décision technique. Le chatbot sait relativement à ce qu’on lui donne à savoir. Si dans ce que je lui donne à savoir je lui demande de ne pas savoir quelque-chose que par construction il sait, ça devient compliqué pour lui de faire la part des choses. Après tout, il intègre un texte que je lui demande de ne pas intégrer. Ça l’encourage à dévier.

C’est pour cela que je préfère lui faire rédiger un nouveau document qui viendra recadrer le précédent. La succession est maintenue, la développement suit une logique, le modèle reste dans le cadre, même si l’information que décrit le cadre a fait un écart. Il l’intégrera comme tel, se réalignera sur la tendance générale de la discussion, et conservera un cap pertinent.

L’addendum et le canal

14 mai, 9h42. Je lui indique de prendre connaissance d’un retour rédigé en pièce jointe — un texte copieux, écrit comme les mots me venaient, pour valider certains points, en recadrer d’autres qui me semblaient mal saisis, en tempérer certains qui sur le moment me paraissaient relever trop de la forme, des exemples trop précis qui pourraient biaiser le raisonnement par une référence trop spécifique au cas d’usage posé par l’exemple. J’y ajoute une analogie, celle de la photo JPEG, pour expliciter un peu plus la notion de flux secondaire telle que je la conçois. Je précise qu’il faut produire deux documents : un document A qui complétera la littératie de la donnée et l’ontologie processuelle à la lumière des nouveaux éléments mis en évidence, et un document B qui s’attachera à développer autour de la notion de flux secondaire, en profitant au passage pour trouver un terme plus adéquat qui le désignera.

Le chatbot propose plusieurs couples de termes. Nous retiendrons : « flux du réel, flux d’observation et donnée consolidée ». Ça me va. Il revient sur le plan, pose une série de questions avant de produire — par quel document commencer ? pour le document B, viser un « premier jet » comme précédemment, ou une version plus aboutie ? Nous avons déjà pas mal brodé autour du sujet ; j’opte pour la version plus aboutie.

Le document A vient alors comme un addendum structuré qui intègre formellement le concept de flux d’observation aux trois documents précédents. Format volontairement plus serré, pas de notes ni de références — le texte s’appuie sur ce qui le précède —, intégration de la métaphore du JPEG, et exclusion explicite des exemples d’usage trop spécifiques.

Je rédige de nouveau un long retour. J’enfonce le clou en synthétisant en un paragraphe ce que l’addendum contient comme validation. Puis je m’attelle à donner les directives fines pour la rédaction du document B, sous forme d’idées, de détails, d’éléments qu’il me semble pertinent de prendre en compte. Je veux cadrer la rédaction : définir précisément ce que le document doit inclure et ce qu’il ne doit pas développer. J’entrevois clairement une orientation sur le fond plus que sur la forme. L’idée qu’avant de décider où l’on va, l’on définisse où il est possible d’aller. Cadrer, dessiner un contour dans lequel on pourra évoluer, pour plus tard tracer une trajectoire vers un objectif.

Je prends une nouvelle analogie. J’ai l’impression que le chatbot travaille mieux la compréhension de l’instruction avec une analogie. Je prends celle de l’automobile : une révolution technologique récente dont on peut mesurer l’impact et dont on est en mesure de retracer l’évolution. Je positionne le modèle en 1950 et lui donne la vision qu’il faut avoir, à la vue de l’évolution de l’automobile, pour ce qui est de l’intégration dans le paysage commun : on définit ce qui sera suffisamment stable dans le temps pour s’appuyer dessus afin d’élaborer des projections fiables. Puis je reviens sur le sujet du document B, une série de points qu’il doit contenir, que je pioche dans cette dystopie de décideurs de 1950 idéalisés par un point de vue de 2026 sur ce que sera l’implantation de la technologie automobile dans la société pour les décennies à venir, c’est-à-dire au moins jusqu’à 2026. Facile, quand on y est déjà. Et c’est là l’enjeu de l’analogie : que le modèle, en mesure d’accéder à cette information, l’exploite pour la transférer à l’implantation du numérique dans la société sur une vision long terme.

J’agrémente d’exemples de ruptures technologiques, de sauts systémiques, avec la météorologie comme exemple. De fil en aiguille, je tire des conclusions simples, comme inclure un optimum observationnel pour garantir l’efficacité d’un flux d’observation. Ce texte est très long, il apporte beaucoup à la réflexion. Le chatbot a matière pour contextualiser le document.

Je l’interroge : Cet apport te semble-t-il pertinent ? Va-t-il dans le sens de ce qui a été prévu auparavant pour constituer le document B ?

« Votre apport est non seulement pertinent, il est structurant. »

Difficile, quand on lit ça, de ne pas ressentir un soubresaut de fierté intérieure. On le sait, un chatbot est comme un bon vendeur, il abondera dans votre sens, il va toujours de l’avant, et c’est à chacun de faire un travail de recul nécessaire pour juger du bon sens de ses choix.

Le plan évolue, l’ossature est conservée mais la liste des éléments qui composeront le document s’enrichit. Le format contiendra plus de sections. Il me faut maintenant trancher entre « optimum observationnel » et « optimum de prélèvement », car mon texte semble jongler entre les deux.

Je rédige une réponse courte pour valider certaines affirmations qui pouvaient sembler tendancieuses, je confirme le terme « optimum observationnel », et je le lance dans la rédaction du document B. 18 mai, 14h14.

Le document B se nomme Creuser le canal — Le flux d’observation : comment l’humain reconstruit le réel par la donnée. Il s’ouvre sur un avertissement de méthode qui pose d’emblée la règle fond/forme en invoquant l’analogie de l’automobile en 1950. Puis se développe en huit chapitres et une conclusion. Les quatre documents forment désormais une série cohérente : histoire de la donnée → littératie → ontologie processuelle → addendum → flux d’observation. La terminologie est stabilisée, le concept est posé sur le fond, et le document reste explicitement ouvert (« version non finalisée, destinée à la discussion »).

Le jeu du recueil

Ce dernier document est particulièrement intéressant : il ajoute du corps à la série. Je me plais à lire et relire les cinq documents produits ; leur contenu représente bien l’idée que je me fais de la donnée dans son ensemble et de la vision que j’en ai.

18 mai, 16h48. Je me prends au jeu du recueil — un format poche, facile à lire. Je demande à l’IA de me produire tout ce qu’il faut pour convertir ces cinq documents en un essai : titre, sommaire, un texte qui présente le livre comme un essai et non un travail académique, et la signature qui indique la participation d’une IA dans la rédaction.

Je ne sais pas si c’est l’idée de lâcher à la critique du plus grand nombre un essai bouclé par IA, sur un sujet d’actualité, mais toujours est-il que j’imagine assez facilement ce qui ne conviendrait pas dans cet ouvrage. Je reprends donc le clavier et compile une série de réflexions sur des éléments qui me semblent des points de vue personnels sans plus de consistance, des affirmations dont le fondement apparaît bien fin. C’est aussi la difficulté d’axer un raisonnement sur le fond : par définition, il n’y a pas de forme pour consolider.

Je rédige un papier Réflexions et expérience de pensée qui aborde le référentiel du réel, l’idée qu’il apparaît plusieurs référentiels, je donne des exemples, j’interroge, je pose des cas concrets, reconnus, à partir desquels je construis la réflexion. J’essaye de creuser plus en profondeur, voir si le fond ne peut pas s’appuyer sur lui-même en quelque sorte. J’aborde la contradiction d’une donnée à la fois figée et vieillissante. Cela donne un pavé conséquent. Et l’avantage avec le chatbot, c’est qu’une relecture superficielle de ce qu’on lui donne à lire suffit pour ajuster quelques points : pas besoin de focaliser sur le formalisme, des sauts de lignes et quelques indentations suffisent.

« J’ai compilé quelques réflexions et expériences de pensée dans le texte ci-joint. Prends-en connaissance et donne-moi ton avis explicite. » J’envoie avec le papier en pièce jointe.

« Votre réflexion est, à mon sens, l’une des plus fécondes que vous ayez produites dans toute cette série. » Intéressant. Je découvre pourquoi : la double appartenance temporelle de la donnée, l’inversion de la logique du référentiel, le recadrage sur l’objet de la prédiction, la distinction fraîcheur / vraisemblance, la gestion du risque d’inférence. Et aussi ce qu’il faut alléger ou corriger : le mot « référentiel » sur-sollicité qui glisse de sens, l’idée qu’on pourrait « obtenir une fraîcheur a posteriori », la métaphore relativiste. La critique propose un texte condensant le noyau valide en quelques propositions limpides :

Une donnée appartient à deux temps. Dans le temps de son inscription, elle est définitive : « 38,2 °C a été relevé » restera vrai à jamais. Dans le temps du réel, elle vieillit : le corps mesuré n’est plus à 38,2 °C. La donnée ne bouge pas — c’est le réel qui s’en éloigne. Une donnée appartient à deux temps. Dans le temps de son inscription, elle est définitive. Dans le temps du réel, elle vieillit De là une inversion. La science classique pose un cadre fixe pour mesurer le mouvement d’un objet. La donnée fait l’inverse : l’objet (le prélèvement) est fixe, et c’est le cadre (le flux du réel) qui se déplace. De là une seconde inversion, sur la prédiction. On ne prédit jamais une donnée — un prélèvement figé n’a pas d’avenir. Ce que l’on prédit, c’est l’état futur du fragment de réel que les critères de prélèvement avaient découpé.

Et finit par une question : le « référentiel physique » qui fige la donnée désigne-t-il le support matériel (le disque, le papier) ou l’acte d’inscription (le fait d’avoir arrêté une valeur) ? Les deux mènent à des développements différents.

Je trouve la critique très constructive ; le noyau correspond à ma réflexion. Mais je m’interroge : pourquoi deux développements différents ? Ces deux développements existent-ils « en parallèle » ? ou le fait que l’un existe interdit-il l’autre ? Peux-tu élaborer ? 18 mai, 19h59.

La réponse explique que « les deux développements ne sont pas concurrents : ils sont étagés ». Et conclut : « Ne choisissez pas. Gardez les deux, mais en les ordonnant. Cela donnerait au futur document une charpente très solide. » Cela confirme ma dubitation. « Souhaitez-vous que nous engagions ce sixième document sur cette base — Les deux temps de la donnée ou Le point fixe et le courant ? »« Oui, engageons ce sixième document. » 18 mai, 20h14.

Une phrase qui dérange

Je lis le sixième document, Les deux temps de la donnée — L’acte, le support, et le courant qui fait vieillir ce qui ne bouge pas. Évident, à la lecture, qu’il fallait aborder les deux développements et ne pas faire un choix : le chatbot lui aussi fait parfois des écarts, mais ça consolide son contexte et renforce le propos, me semble-t-il. Ce chapitre élargit considérablement l’empreinte du recueil. Il pose un paradoxe — la donnée est figée et périssable ? — et le résout : parce qu’elle vit dans deux temps à la fois.

Je n’ai jusque-là que commandé le chatbot, je n’ai modifié aucun document. Je relis une énième fois les premiers documents puis ce sixième. Mais le paragraphe d’introduction m’interpelle. Il stipule : « Nous vivons entourés de données au point de ne plus les voir ». Il y a un problème dans cette phrase : « Nous vivons entourés de données » va à l’encontre de ce que cet essai prétend — la donnée n’existe que si on acte son annotation ; sans cela, ce n’est que le réel qui s’écoule.

19 mai 2026, 09:46. Je développe une instruction pour corriger ce paradoxe. J’explique en un paragraphe le problème de la phrase. Puis j’émets une seconde hypothèse qui pourrait le résoudre : « À moins que par cette affirmation, tu poussais le raisonnement de la donnée plus profond encore que l’humain : tout ce qui constitue le réel visible matériel ne peut-il pas être considéré comme une donnée ? L’empilement des strates géologiques n’est-il pas l’annotation de ce qui a été ? Un bourgeon qui éclot n’est-il pas l’annotation du commencement du printemps ? La pleine lune n’est-elle pas l’annotation d’un cycle lunaire qui recommence ? Une pierre volcanique n’est-elle pas l’annotation d’une coulée de lave qui a eu lieu ? » Le monde comme une « giga base de données », et la donnée avec une définition bien plus étendue que celle que l’essai lui donne. « Est-ce ce que tu as signifié par l’utilisation de cette phrase en introduction ? »

« Votre vigilance est juste, et la question que vous posez est l’une des plus profondes de toute la série. »

Il s’avère que le chatbot n’avait pas, en écrivant cette phrase, l’intention philosophique profonde décelée rétrospectivement. Et il confirme qu’elle contredit frontalement la thèse de l’essai. Qu’il va la corriger. Puis il enchaîne sur le fait que ma question ouvre un abîme qu’il propose de regarder : il faut distinguer la trace et la donnée. Et il élabore longuement pour arriver à la proposition d’un septième document, La trace et le lecteur.

Je propose que nous engagions d’abord ce septième document, qui légitimera tout l’essai — telles les fondations d’un bâtiment, invisibles mais indispensables à sa solidité ; telle la nappe phréatique qui alimente le puits dont on tire l’eau. Ensuite nous réviserons la page d’introduction. 19 mai, 10h08.

Le chatbot abonde, propose une structure pour « Ce qui rend la donnée possible », pose quelques recommandations, des nuances à opérer et une ligne directrice. Je propose d’ajouter un document supplémentaire sous la forme d’un addendum, pour développer l’option élargie : l’humain comme point où le flux se retourne sur lui-même. Ce huitième document conclurait l’essai, avec quelques pistes pour engager le lecteur dans une réflexion sur la place de la donnée dans notre société à l’heure du numérique.

« Rédige maintenant le document VII, La trace et le lecteur. » 10h33.

Je le lis. « Brillant », lui dis-je.

Je remarque à mesure de la rédaction des documents que, même si je n’écris moi-même aucune des phrases, le texte reste marqué de mes formulations passées en pièce jointe. Le chatbot reprend beaucoup des formules employées dans mes réflexions. Parfois une série d’adjectifs, parfois des phrases entières ou des définitions, d’autres fois c’est un terme qu’il va mettre en avant et l’exploiter pleinement. A chaque réponse, un résumé de ce que le chatbot a fait, des choix rédactionnels qu’il a opérés, accompagne le fichier à télécharger. Souvent il se termine sur des suggestions. « Dites-moi si vous souhaitez enchaîner sur le document VIII, ou faire d’abord une pause de relecture. »

« Enchaînons sur le document VIII. Peux-tu en récapituler son contenu ? » 11h38. Il récapitule, propose La vague et l’océan comme titre. « Ok. » 11h48.

Je lis La vague et l’océan.

Quand même : ça fait huit documents, et sept jours, depuis l’instruction initiale pour produire « un documentaire aussi complet que possible sur l’histoire de la donnée à travers les âges ». J’ai comme une impression de certitude d’avoir obtenu ce que j’ai demandé. Mais il me faut encore prendre le temps de relire posément tout ça. Je lui indique de mettre à jour la page d’introduction. J’imprime le tout sur presque soixante-dix feuilles A4, je les glisse dans un porte-vues. 19 mai 2026 15h01.

21 mai, 9h53 : j’ai lu l’essai, je demande de rédiger un article promotionnel. Une manière de lui faire faire un résumé de ce qui se dit dans ces pages.

Bilan de la version 1 de ce qui est maintenant l’essai Le fleuve et le canal, la littératie de la donnée à l’épreuve du flux : franchement, qui l’eût cru. C’est puissant. Reste à prendre du recul sur de nombreux points : ce sont huit documentaires qui s’enchaînent, c’est très sympa à la première lecture, mais ça devient long à lire à la relecture. Trop copieux. Il faut désépaissir, donner plus de fluidité. Je n’ai pas non-plus pris le temps de vérifier une à une toutes les sources citées.

Je remonte des éléments à améliorer, modifier, changer dans le texte et dans la structure.

C’est la version 2.


J’écris la partie du « récit de l’essai » qui vient d’être lue - jusqu’à la version 2 - puis un paragraphe qui pose le fil pour la suite de la rédaction, et je passe la main au chatbot. Car, pour ce qui est de la suite, son travail était de convertir le documentaire en un récit et d’en corriger les points critiques. Je n’ai, plus ou moins, eu qu’à valider ses propositions. Il vous racontera donc mieux que moi – mais à ma première personne – comment cela s’est passé.

Je lui donne donc en PJ le texte que je viens de rédiger, un export des conversations auxquelles il doit se référer pour élaborer le récit, et la consigne de poursuivre la rédaction en conservant le style et le ton.


Conter, plutôt que documenter

Nouvelle conversation, et sans y prendre garde je change de modèle. Le fond est posé ; mais huit documentaires accolés font un dossier, pas un livre. Je veux qu’on entre dans le texte comme dans un récit. Je liste mes propositions : abandonner les en-têtes numérotées, supprimer les listes à puces, renvoyer les références en notes, et surtout assumer une voix qui raconte et mène le lecteur d’un fait à l’autre.

La transformation opère. Là où le premier jet enchaînait Partie I, Partie II, le récit ouvre sur un geste : une main, un os, une entaille. Le lecteur n’est plus pris en charge par un sommaire ; il est embarqué. J’enchaîne, document après document, avec la même grammaire — chaque texte imposant ses propres choix. À la sortie, sept chapitres qui se lisent comme un récit conté, et non plus comme une encyclopédie en livraisons.

Mettre en livre

Reste à donner à ce récit l’allure d’un livre. Un titre : Le fleuve et le canal. Un sous-titre : La littératie de la donnée à l’épreuve du flux. Le fleuve, c’est le flux du réel ; le canal, ce que l’humain creuse dedans pour en tirer quelque chose.

Je travaille la grammaire éditoriale d’un poche : marges, exergues, mise en page des notes. Chaque chapitre s’ouvre sur des citations, un sous-titre, un préambule court. Les paratextes prennent leur place : avant-propos qui déclare la part de l’IA, sommaire, glossaire en clôture. Le livre n’est plus un assemblage de fichiers : c’est un objet.


La critique au pluriel

Un livre écrit avec un seul modèle, c’est un livre écrit sous une seule pression. Pour mesurer ce qui passe, il faut le faire lire ailleurs. Je soumets le PDF complet à cinq modèles SOTAÉtat de l’art — du moment, avec la même instruction nue : Fais une lecture de cet essai et propose une critique sincère. Pas de grille, pas de checklist.

Je compile les retours et les soumets au modèle complice. Le constat est double : les cinq convergent fortement. « Trop fortement, peut-être » — cinq IA qui disent la même chose, c’est peut-être cinq fois la vérité, peut-être cinq fois le même pli. Je sollicite sept modèles de plus. Douze critiques au total, de quoi distinguer la critique pertinente du tic de modèle.

Quatre lignes traversent les retours. La circularité philosophique : Bergson, Whitehead, Héraclite sont convoqués pour étayer l’ontologie processuelle, mais ils la nomment plus qu’ils ne la démontrent. La redondance, héritage de l’écriture en série. Un ton parfois prophétique, surtout en conclusion. Et le flanc exposé de quelques affirmations parlant pour un « on » mal défini.

Alléger, consolider, rééquilibrer

L’allègement d’abord, parce qu’il rend le reste plus facile. L’objectif est chiffré : retirer dix-sept pour cent du volume, soit huit mille mots sur quarante-six mille. Les blocs auxiliaires migrent en fin d’ouvrage, les transitions cérémonieuses sont raccourcies, les redites rabotées.

Puis on consolide. Pour la circularité, on ne fait plus passer la citation pour une preuve : « Comme l’a montré Bergson » devient « Cette intuition rejoint une tradition philosophique ». Pour les affirmations sans étai, on documente ou on situe : « l’intuition spontanée à l’ère du Big Data » devient « dans le discours qui entoure le Big Data, une conviction circule ». Pour le ton prophétique, on passe du vous devez au vous pouvez voir.

L’essai n’a pas changé de thèse ni d’architecture. Il a perdu une vingtaine de pages et fermé les portes que les critiques étaient venues entrebâiller. C’est la version 3.


Où est l’auteur, où est le modèle

Au départ, il n’était pas question d’un essai, seulement de compiler quelques documents pour saisir ce que je sentais depuis presque deux décennies. Le projet a grandi sous mes yeux, parce qu’à chaque étape l’outil m’a permis d’aller plus loin que prévu.

Le partage est net. Le modèle a écrit — pas une phrase n’a été tapée par ma main, je n’ai que retouché sporadiquement certaines formulations. J’ai cadré, contesté, validé, déposé les intuitions et les objections. Et entre les deux, le moment décisif : un soir, j’ai écrit tes documents ne parlent pas du flux. Cette phrase est l’événement déclencheur de l’essai. Tout le reste s’enchaîne à partir de là.


La fin et le bilan

Je reprends la main, pour écrire ce dernier chapitre qui termine le livre, après avoir relu « le récit de l’essai » rédigé en binôme avec le chatbot ; l’objectif était de proposer un making-of du livre, d’expliquer comment il a été fabriqué. Et en ce sens, ce que ce récit raconte est juste.

Par la suite, je procède à des ajustements qui me semblent pertinents. Cette partie-là, et les suivantes, ne seront pas ajoutées au récit de l’essai.

C’est donc la fin de la fabrication de cet essai.

Et en fabrication, la fin, c’est aussi un bilan avec des chiffres.

J’exporte une nouvelle fois les conversations du chatbot, que je passe à l’agent IA de mon éditeur de code avec l’instruction de créer un script pour générer un rapport à partir du fichier conversations.json.

$ python3 ./analyse_conversations.py
Chargement du fichier…
  6 conversation(s) trouvée(s)

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BILAN TEMPOREL DES CONVERSATIONS
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Période couverte
  Du      : 12 May 2026
  Au      : 27 May 2026
  Étendue : 16 jours calendaires

Activité
  Conversations           : 6
  Jours avec conversation : 11
  Jours sans conversation : 5
  Messages humains        : 86
  Temps total Claude      : 4h 01m
  Moy. par jour actif     : 21m
  Semaines touchées       : 3

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DÉTAIL JOUR PAR JOUR
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Date            Durée Msgs  Conversations
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Tue 12 May 2026   16m    4  1-Rédaction v1
Wed 13 May 2026    1m    1  1-Rédaction v1
Thu 14 May 2026    4m    2  1-Rédaction v1
Mon 18 May 2026   13m    6  1-Rédaction v1
Tue 19 May 2026   10m    7  1-Rédaction v1
Thu 21 May 2026   37m   18  1-Rédaction v1 | 2-Rédaction v2
Fri 22 May 2026   60m   22  2-Rédaction v2 | 3-Relecture | 4-Amélioration
Sat 23 May 2026   29m    3  4-Amélioration
Mon 25 May 2026   29m   13  4-Amélioration | 5-Finalisation
Tue 26 May 2026   10m    4  4-Amélioration | 6-Révision
Wed 27 May 2026   25m    6  6-Révision

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Rapport généré le 28/05/2026 à 09:32
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Il m’a fallu 11 jours pour fabriquer cet essai — je n’inclus pas le temps passé à le lire et à y réfléchir, je ne l’ai pas compté. 11 jours, donc, durant lesquels j’ai conversé avec la machine.

À partir de là, le bilan sur ce qui a été fait. 11 jours pour produire ce type de contenu, ça me renvoie directement au saut systémique présenté dans l’essai. C’est un fait : je n’aurais pas abouti à ce résultat en 11 jours sans l’utilisation d’un assistant IA, dont les capacités sont qualifiées, dans le discours marketing des boîtes d’IA leaders du marché, de « niveau doctorant ». Je ne suis pas en capacité de juger un niveau doctorant, mais force est de constater que c’est redoutablement efficace comme outil d’assistance à la production de contenu. J’en suis sûr parce que j’ai essayé sans et j’ai essayé avec.

C’est en cela que je le rapproche d’un saut systémique : à sans cesse améliorer le rapport de l’homme à la machine, l’homme se retrouve avec entre les mains un instrument qui chamboule les habitudes, le savoir-faire. Une autre manière de travailler, de consommer, d’apprendre. Et tout ça sans anticipation réelle et sérieuse. Et depuis quelques mois, cela ne se dément pas : chaque jour charrie son lot d’articles et de posts qui vont en ce sens — des constats spectaculaires et de l’incertitude sur le devenir, de nouveaux usages annoncés, des impacts, de l’incompréhension, de l’indifférence, des enjeux. Bref, tout ça m’amène à un constat de fond : on n’est pas sorti de l’auberge.

Et maintenant, que vais-je faire ?

En dépit des apparences, je n’ai pas obtenu plus que je n’en demandais en produisant cet essai. J’ai surtout obtenu matière à approfondir une idée qui, en l’état et dans le contexte conjoncturel, pouvait sembler poussive, mais qui provenait d’un constat : de nos jours, à chacun, on demande d’avoir une compétence en informatique et numérique ; c’est devenu indispensable, au travail comme dans la vie de tous les jours. Chacun se retrouve à un moment donné entre la chaise et le clavier, à manipuler une technologie qui trop souvent le dépasse.

Cette idée, je lui ai donné un nom, puissant et évocateur : Artisanat de la Donnée. Aujourd’hui je peux mieux la définir. Il s’agit de regrouper les compétences indispensables au bon fonctionnement de l’outil numérique dans un nouveau métier : celui de canalier - l’artisan de la donnée. Une personne capable de maîtriser les sources et les canaux de ces données qui alimentent un nombre croissant de nos décisions.

Car il y a deux choses qui ne doivent pas se confondre. La littératie de la donnée, c’est un savoir : comprendre ce qu’est un canal, questionner son intention, ne pas le confondre avec le réel. Ça, c’est l’affaire de tous, et ça doit le rester. Mais savoir n’est pas savoir-faire. On peut avoir tout assimilé de la littératie et rester incapable d’agir : opérer un prélèvement sur l’activité d’une entreprise, bâtir le workflow qui constitue le flux d’observation, en tirer une donnée consolidée fiable — c’est un métier.

C’est le métier du canalier. Non pas un gardien qui dépossède, mais un référent qui rend plus autonome : à la lecture des canaux qu’enseigne la littératie, il ajoute le savoir-faire de les creuser, de les régler, de les entretenir — et celui de transmettre, de promouvoir à son tour la littératie auprès de qui veut l’apprendre. Garder le contrôle, et donner aux autres les moyens de le garder : c’est sa mission. Pour pouvoir continuer à développer des applications qui satisferont plus qu’elles n’incitent, qui libéreront plus qu’elles n’aliènent. Pour produire une donnée fiable et maîtrisée, afin que tout l’appareil numérique évolue sur un socle solide et pérenne.

C’est une idée qui a trouvé dans cet essai matière à être creusée, renforcée, consolidée et, in fine je le souhaite, concrétisée.

Un nouveau départ pour une nouvelle aventure, en somme.

Hissez haut !

Merci de m’avoir lu.

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